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Pays de Montbéliard
Le mur, vingt ans après la Chute, cultiver l’obsession de
l’avenir…
JACQUES FATH, RESPONSABLE DU SECTEUR RELATIONS INTERNATIONALES AU PCF
Il y a donc vingt ans, le mur est tombé. Avec lui, le pacte de Varsovie, l’URSS et les régimes dits du socialisme réel se sont effondrés. Ce fut un basculement de l’histoire et du monde.
Mesurer la portée de ce qui s’est passé est évidemment indispensable. Il y a ce qui relève plutôt de l’histoire même si cela « brûle » encore : les événements, les causes, les stratégies à l’œuvre… Il y a ce qui relève du politique : la grande leçon sur le communisme, sur la démocratie, sur le sens du mot révolution…
Quelque chose est devenu évident pour les communistes français : il n’y a pas de changement progressiste véritable et durable sans une dynamique qui mêle l’intervention populaire, l’exigence démocratique et l’extension des libertés. Mais cette leçon sur le communisme n’épuise pas à elle seule le sens qu’on doit donner, vingt ans après, à la chute du mur.
Devant les défis énormes de la globalisation, qui commençait alors à s’annoncer, devant les aspirations démocratiques montantes des peuples, devant les enjeux d’une révolution technologique et informationnelle engagée… les régimes d’Europe de l’Est se révélèrent incapables de s’adapter et d’apporter des réponses nouvelles. Ils furent dépassés par le cours de l’histoire. Au point où la stratégie américaine d’étouffement financier par la course aux armements et la militarisation de l’espace leur portera, dans une crise économique structurelle, un coup définitif.
Le problème cependant n’est pas seulement dans les causes de la chute. Il est aussi dans ce qui a suivi. L’essentiel du débat politique a été structuré par deux thèses plutôt issues du « bagage » idéologique du néoconservatisme américain : la Fin de l’histoire… (Francis Fukuyama) et le Choc des civilisations… (Samuel Huntington). Cela en dit beaucoup sur l’impuissance des progressistes, des communistes et de la gauche en général à redéfinir alors les fondements d’une alternative. Certes, il fallait convoquer le passé et assumer les effets de l’effondrement à l’Est, mais la confrontation sur l’avenir, malgré des aspirations grandissantes, des résistances et des luttes, n’a pas eu la place nécessaire dans la confrontation politique et idéologique. Il faut en sortir, comprendre la portée globale du basculement de novembre 1989, comprendre ce nouvel état du monde et agir pour le transformer. Il n’y a évidemment pas de défi politique plus important que celui-ci.
Si le « socialisme réel » fut incapable d’assurer les mutations de son temps, on voit aussi que le système capitaliste, qui cherche vainement sa moralisation, sa régulation, sa refondation, sa correction verte, est en crise profonde. Il touche à ses limites. Le néo-impérialisme et les politiques de puissance sont en échec, les tensions, le surarmement et la guerre sont des réalités permanentes, les grands défis sociaux, du développement humain durable, de la démocratie restent sans réponse. L’enjeu du changement de mode de développement et du mode de production devient crucial, au croisement des attentes sociales, des exigences écologiques et du besoin d’une culture nouvelle. Le besoin de révolution et d’un nouvel humanisme pousse avec force et avec lui l’espoir d’un monde plus civilisé.
Tout est lié dans le monde où nous vivons maintenant. L’humanité vit une seule et même histoire. Nous devons savoir penser cette globalité qui est quelque chose comme l’intérêt commun à tous les peuples et l’exigence de responsabilité collective. Non seulement le capitalisme n’a plus d’adversaire extérieur (il est mort avec la chute du mur) mais il est devenu lui-même son pire ennemi. Il a beau se chercher de nouveaux ennemis antagoniques (comme le terrorisme), les problèmes et les adversaires qu’il rencontre, c’est d’abord de lui-même qu’ils procèdent. C’est cela notre force : il n’y a pas d’issue à la crise qui ne soit en même temps la démonstration, en France et dans le monde, de la nécessité d’un dépassement du capitalisme. Il y a vingt ans, celui-ci s’est cru – à tort – exonéré de la grande leçon sur la démocratie et le développement humain que la chute du mur infligeait à tous. À tous les modèles et à tous les modes de gestion. Aujourd’hui, nous sommes devant un immense défi : qui écrira la nouvelle page de l’histoire issue du basculement du monde et de la crise du capitalisme mondialisé ? Les communistes français ont les moyens d’y contribuer, à une condition sine qua non : ne rien oublier mais cultiver l’obsession de l’avenir.
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